Je fais de la merde !

Je courrais après les « likes » sur Instagram et sur Facebook, je faisais ce qu’on attend et rien de plus.

Je cherchais l’approbation par d’autres amateurs moins débutants ou mieux équipés. Je n’ai « qu’un EOS 100D ».

Alors j’ai fait comme tout le monde. J’ai fait de jolies poses longues de nuit, pour saisir les lumières et reflets magiques et pas du tout déjà saisis par d’autres de la rade de ma ville de bord de mer (il y a beaucoup trop de « de » dans cette phrase…), avec les tags qui vont bien, #frenchriviera, #cotedazur, #night, #picoftheday (rien que ça !)… Et oui, bien entendu, ce qui devait arriver est arrivé, j’ai eu des ces foutus « likes », j’étais content, mon ego pleurait des larmes de bonheur, je sentais que mon âme d’artiste, si longtemps frustrée, si longtemps enfermée dans les méandres de mes réflexions sur le comment et surtout le pourquoi de cette injustice confinant mes talents à l’indifférence des miens, je me suis senti soudainement aimé, et donc, forcément doué, évidemment. J’ai poursuivi ma quête du Saint Like.

Et puis devant tant d’amour, j’ai senti qu’il fallait aller plus loin, pour satisfaire mes fans, mes groupies en délire, alors j’ai bouffé du tuto sur Youtube, je me suis abonné à 3, 4, 5, 10 chaînes spécialisées sur la photo, avec des gens bien hein, qui ont une renommée, qui sont des « pros » (entendez qui ont un numéro SIREN et éditent des factures), des gens biens qui partagent tellement (de technique, de règles, d’absolus cadres à ne jamais dépasser !)… J’ai appris, beaucoup. Trop, qui sait… Bref, quand je prenais mon Canon EOS 100D (frappez pas !), je me sentais détenteur des secrets les mieux gardés, je déambulais au milieu des touristes arborant leurs 5D Mark III pour prendre Georgette avec la rade en arrière-plan, je regardais ces boitiers chèrement acquis, et je riais en mon fort intérieur ahha ahah ahha ahh je riais de leur pauvreté intellectuelle, de l’absence du savoir qu’ils compensaient par du matos hors de prix (ou bien alors, ils s’en foutent complètement, vu qu’ils ne prennent qu’en mode automatique… BREF), alors que moi, les croisant et mesurant mon savoir, je tenais mon petit 100D en sachant. Oui, je savais mon savoir, c’est fort hein ?

Je savais toutes les choses. Sébastien Roignant me les avait soufflées à l’oreille, j’étais le cheval de course, dépassant les canassons ignares (ou plutôt les moutons, quand on voit ces hordes de touristes errer… non rien, je digresse).

Je continue à le faire. Un peu. Je continue à regarder certains youtubeurs, certains seulement, celles et ceux qui sortent du discours du « tout technique » et savent parler de la démarche, de l’émotion… Je continue à publier sur les réseaux sociaux. Un peu, surtout pour rester en contact avec des gens que j’y ai croisés (oui, quand même, il y a des choses « biens » dans les réseaux sociaux).

Aujourd’hui, j’ai pris une photo d’une pince à linge (bleue) tenant un drap (blanc) avec en arrière-plan le mur de la maison (crème) éclairé par les rayons du soleil filtrés par les branches et feuilles (vertes) du mandarinier… Je pense que tu visualises parfaitement… Bref. Et bien j’étais content de prendre cette photo. Bon, je ne l’ai pas encore vue sur mon écran d’ordi. Et il est fort probable que ce soit totalement nul à chier, on va pas se mentir. Mais ce n’était pas le but, faire une photo particulière d’un objet banal en situation ordinaire (cela ferait un joli titre de photo, ça, tiens, j’le garde) : le but, c’était juste faire une photo comme ça, par simple envie, juste comme ça, j’ai vu ça, j’ai trouvé ça sympa, alors j’ai déclenché. Et j’ai eu, l’espace de cet instant (j’étais à 1/125, c’est pour te dire que ce moment fut très bref), une sensation de liberté, je venais de m’affranchir des règles, des « likes », du conformisme et du banal, pour prendre en photo une pince à linge…

Tu vas dire qu’il m’en faut peu. A la limite, tant mieux pour moi, non ?

Donc. Voilà. Le chemin est encore long, je le sais, j’ai beaucoup de travail, et je ne parle pas « technique », je parle « démarche », « recherche du soi », j’ai tant à apprendre, à découvrir, j’ai tant de photos à voir, à analyser si je peux, bref, tout reste à faire, et c’est tant mieux, parce que je commençais déjà à me lasser (un peu).

Je ne veux plus prendre des photos, mais être photographe.

Bon, hier, je me suis inscrit sur Gurushots…

Tais-toi.

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